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Quinzième Dimanche Ordinaire C

14 juillet 2020

 15e dim ord C

                                                                          Le Bon Samaritain. Vitrail de la cathédrale d'Ely. Photo Dustbinman

 

Première lecture

Lecture du livre du Deutéronome

« Elle est tout près de toi, cette Parole, afin que tu la mettes en pratique. » (Dt 30, 10-14)

Moïse disait au peuple : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets inscrits dans ce livre de la Loi, et reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme. Car cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, pour que tu dises : Qui montera aux cieux nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers, pour que tu dises : Qui se rendra au-delà des mers nous la chercher ? Qui nous la fera entendre, afin que nous la mettions en pratique ? Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »

 

Psaume

(Ps 68, 14, 17, 30-31, 33-34, 36ab.37)

R/ Cherchez Dieu, vous les humbles et votre cœur vivra.

 

Moi, je te prie, Seigneur :

c’est l’heure de ta grâce ;

dans ton grand amour, Dieu, réponds-moi,

par ta vérité sauve-moi.

 

Réponds-moi, Seigneur,

car il est bon, ton amour ;

dans ta grande tendresse,

regarde-moi.

 

Et moi, humilié, meurtri,

que ton salut, Dieu, me redresse.

Et je louerai le nom de Dieu par un cantique,

je vais le magnifier, lui rendre grâce.

 

Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête :

« Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! »

Car le Seigneur écoute les humbles,

il n’oublie pas les siens emprisonnés.

 

Car Dieu viendra sauver Sion

et rebâtir les villes de Juda,

patrimoine pour les descendants de ses serviteurs,

demeure pour ceux qui aiment son nom.

 

Deuxième lecture

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

« Tout est créé par lui et pour lui. » (Col 1, 15-20)

Le Christ Jésus est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui.

Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église : c’est lui le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il ait en tout la primauté. Car Dieu a jugé bon qu’habite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel.

 

Évangile

« Qui est mon prochain ? » (Lc 10, 25-37)

 

Acclamation :

Alléluia. Alléluia. Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia[1].

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. » Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Textes liturgiques © AELF

www.aelf.org

Homélie

Reprenons la route.

Lorsque nous lisons une parabole, très facilement nous nous identifions à l’un ou l’autre personnage. En ce qui concerne l’histoire du bon Samaritain, nous nous retrouvons soit dans le prêtre ou le lévite qui passe, indifférents à celui qui gît sur le bord de la route, et nous nous identifions aussi parfois au bon Samaritain. Mais quoi qu’il en soit, ces interprétations sont toujours très moralisantes et ne correspondent pas du tout à la personnalité de Jésus, qui ne fait jamais la morale ni ne culpabilise celui qui a fait le mal. Jésus veut avant tout être « Bonne Nouvelle » pour tous.

Savoir que je dois aimer mon prochain et venir au secours de celui qui est blessé n’est pas précisément une nouveauté, cela se faisait déjà avant Jésus. Pour comprendre cette parabole comme une Bonne Nouvelle, il faut essayer de trouver d’autres clefs d’interprétation, et le texte retentira tout autrement. Ainsi, par exemple, on peut comprendre que le bon Samaritain représentait le Seigneur, tandis que l’homme blessé sur la route symbolisait l’humanité qui s’éloigne de Jérusalem, le lieu où Dieu habite, pour aller se perdre à Jéricho dans le désert, là où se trouvent les brigands et tout le mal qu’ils représentent. Le prêtre et le lévite qui passent leur chemin, ne sont pas là pour donner une petite touche anticléricale mais parce qu’ils représentent la loi et culte qui sont incapables de sauver l’homme blessé. L’huile dont le Seigneur, le bon Samaritain, se sert pour guérir, c’est l’Esprit, l’huile dont on reçoit l’onction au baptême. Et le vin, c’est évidemment le vin de l’eucharistie. L’auberge, quant à elle représente l’Eglise à qui l’humanité est confiée en attendant le retour du Seigneur.

Un autre détail mérite d’être souligné : après que le Samaritain a exercé sa bonté, il continue sa route. Il précise qu’il repassera pour payer la note à l’aubergiste, mais il ne reste pas, il ne s’attarde pas. En d’autres mots, il ne s’appesantit pas auprès de celui qu’il a remis en route. Il ne fait que le nécessaire, il ne prend pas la victime avec lui, il n’a pas d’attitude paternaliste, il ne dit pas ce qu’il faudrait qu’il fasse désormais… Non ! Il continue sa route. Ceci montre que Dieu est un Dieu de passage, un Dieu en chemin, qui aide ceux qui n’en peuvent plus à reprendre la route.

Le bon Samaritain nous donne un bel exemple du respect du pauvre, du blessé de la vie. Il ne faut pas prendre sa place, ne pas résoudre pour lui le problème de son avenir. Ce n’est pas savoir à sa place, ni ce qu’il a à faire. Il est important de ne pas jouer aux dames patronnesses, il est important de décoloniser notre relation aux pauvres. Ce n’est d’ailleurs pas toujours facile de freiner nos élans de bonté. Mais, à un certain moment, il faut apprendre à s’effacer, à disparaître pour laisser autrui être lui-même et prendre ses responsabilités et sa vie en main. Quant à nous, à l’exemple du Seigneur, le bon Samaritain, il nous faut continuer notre propre voyage, toujours vigilants pour être prêts à aider sur notre route d’autres victimes de la violence et du mal.

Avant de terminer, je voudrais encore mettre l’accent sur la répartie entre le scribe et Jésus. Au scribe qui lui demande « Qui est mon prochain ? », comme si celui-ci était là quelque part à l’attendre, Jésus retourne la question : « De qui veux-tu te faire le prochain ?» C’est à toi de décider, c’est de toi que dépend qui sera ton prochain.  Se faire le prochain, c’est prendre soi-même l’initiative de se faire proche de l’autre. C’est un véritable décentrement auquel nous sommes invités. Ce n’est plus moi qui me mets au centre en essayant de rapprocher les autres de moi. C’est l’autre qui est au centre et c’est moi qui travaille pour me rapprocher de lui. La réponse dépend de moi et je n’ai jamais fini d’y répondre. L’amour n’a de limites que celles que nous lui donnons.

Jacques NOIROT, sma

 

[1] Cf. Jn 6, 63c. 68c.